Le développement de l’assurance de garantie de passif dans les share deals immobiliers
15 décembre 2015
D’abord rencontrées sur des opérations de M&A traditionnelles, et omniprésentes sur le marché anglo-saxon, les assurances de garantie de passif s’imposent désormais de façon récurrente sur des share deals immobiliers en France.
De façon générale, les garanties accordées par un vendeur dans le cadre d’un share deal sont plus étendues que celles données pour un asset deal.
Les négociations portent tant sur l’étendue des garanties relatives aux actifs eux-mêmes (propriété, autorisations, baux, etc.) que sur les structures de détention (passif fiscal, comptes sociaux, etc.), ainsi que sur l’étendue et les principes d’indemnisation de l’acquéreur (quantum, plafond, limitations, etc.). La garantie est généralement accompagnée d’une contre-garantie dont l’objet est de sécuriser l’efficacité de la garantie de passif en elle-même, mais aussi la solvabilité du garant.
La contre-garantie – qui est un sujet de discussion – prend le plus souvent la forme d’une garantie à première demande ou d’une caution bancaire, voire d’un séquestre d’une partie du prix. Dans la plupart des cas, une somme doit être consignée par le vendeur, ce qui est contraignant.
Ces problématiques donnent lieu évidemment à de nombreuses discussions pouvant ralentir, voire bloquer, une transaction immobilière.
Précisément, afin de trouver une issue face aux difficultés rencontrées dans le cadre de ces discussions, les parties peuvent décider de faire appel à un assureur dont le rôle sera de prévoir une police qui externalisera partiellement ce risque de garantie sur sa tête.
Ainsi, cette police d’assurance peut être souscrite soit par le vendeur, soit par l’acquéreur.
Dans le premier cas, le vendeur souscrit une police avec un assureur qui indemnise l’acquéreur à raison du préjudice subi par ce dernier du fait du vendeur. Cette assurance permet donc à un vendeur pour qui l’octroi de garanties serait compliqué (fonds d’investissement, patrimoine personnel, etc.) de satisfaire la demande de l’acquéreur, voire ses banques qui seraient bénéficiaires d’une délégation de paiement.
Dans le second cas, c’est l’acquéreur qui souscrit sa propre police et qui est indemnisé directement par l’assureur du dommage subi par lui-même ou par la société dont les titres sont acquis. En faisant son affaire de la garantie, l’acquéreur peut notamment disposer d’un avantage compétitif pour convaincre le vendeur de faire la transaction avec lui.
Les principaux points d’attention à avoir en tête lors de la souscription d’une telle assurance sont les suivants :
- les discussions entre l’acquéreur et le vendeur sur la prise en charge de la prime ;
- les éventuelles interactions entre le contrat de garantie et la police d’assurance ;
- la franchise qui sera prévue dans la police, ainsi que sa prise en charge éventuelle par le vendeur ;
- les exclusions de garanties prévues par la police ;
- l’existence d’un aléa (par essence, un assureur ne peut assurer que ce qui n’est pas connu ; dès lors, l’assurance ne pourra pas couvrir ce qui a été porté à la connaissance du souscripteur ; ce point peut faire l’objet de nombreuses discussions) ;
- le calendrier nécessaire à la mise en place de la police.
Dans le cadre d’un share deal immobilier, les problématiques revues par les assureurs sont notamment les risques qui seraient liés à la propriété, aux baux, aux règles d’urbanisme et d’environnement et, bien entendu, les risques relatifs à la fiscalité. Un nombre croissant d’assureurs et de courtiers sont aujourd’hui en mesure de proposer des offres de plus en plus flexibles et adaptées à chaque situation particulière, de même que des tarifs de plus en plus compétitifs. Les freins psychologiques étant dépassés, le recours à l’assurance de garantie de passif devrait donc naturellement poursuivre son développement sur le marché immobilier français.
Auteurs
Alexandre Delhaye, avocat associé en Corporate/Fusions & Acquisitions.
Thierry Granier, avocat associé, spécialisé en fiscalité internationale,
Related Posts
Priorité aux stipulations des parties dans les garanties de passif... 23 janvier 2014 | CMS FL
Taxation du foncier : à bonne intention, mauvaise imposition... 2 décembre 2015 | CMS FL
L’assurance de «risques fiscaux spécifiques», nouveau vecteur de développe... 27 octobre 2016 | CMS FL
La garantie de passif n’exclut pas le dol... 4 mars 2015 | CMS FL
Retour sur le statu quo de la Cour de cassation sur la non-transmission d’un Â... 20 avril 2018 | CMS FL
Déductibilité des intérêts et obligations documentaires : la France en avanc... 12 avril 2016 | CMS FL
La dette dans les opérations de fusion-acquisition : principes généraux et ap... 6 juillet 2022 | Pascaline Neymond
La société de libre partenariat : une alternative pour les investissements imm... 7 décembre 2015 | CMS FL
Articles récents
- Enquête interne : c’est l’employeur qui décide
- Une nouvelle génération d’action de groupe en droit du travail
- Prise en compte des congés payés pour le décompte des heures supplémentaires : le juge étend sa solution aux cycles de travail
- Mise à disposition intra-groupe et transfert des contrats de travail
- Protection AT/MP : la demande de reconnaissance d’une maladie professionnelle ne suffit pas à établir l’origine professionnelle de l’arrêt de travail
- Création d’un congé supplémentaire de naissance
- Consultation sur les orientations stratégiques : halte à l’extension de la mission de l’expert !
- La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 est promulguée !
- Relèvement du SMIC et du minimum garanti au 1er janvier 2026
- Directive Omnibus : Accord du Conseil et du Parlement européen visant la simplification des directives sur le reporting de durabilité et le devoir de vigilance
